
La médiation n’a pas été pensée pour « désengorger » les tribunaux : elle est née pour répondre mieux, plus vite et à moindre coût aux besoins des personnes, en leur redonnant la main sur la solution et en préservant les relations. Elle s’inscrit dans les modes adaptés de prévention et de règlement des conflits, fondés sur la liberté des parties, la neutralité du tiers, la confidentialité et la recherche d’accords durables.
Les grandes approches de médiation
1) Médiation facilitative
Historique : Années 1970 (mouvement ADR) pour offrir une alternative centrée sur les besoins des parties, plus rapide et moins coûteuse que le procès.
Principe : Le médiateur structure le processus sans influencer le contenu.
Exemples : Litiges commerciaux, copropriété, contrats de service.
SWOT :
- Forces : Autonomie des parties, forte adhésion.
- Faiblesses : Frustrante parfois, si besoin d’avis expert.
- Opportunités : Hybridation avec ODR.
- Menaces : Échec si mauvaise foi.
2) Médiation transformative
Historique : Conceptualisée par Bush & Folger (1994) pour restaurer la qualité de l’interaction.
Principe : Renforcer « empowerment » et reconnaissance.
Exemples : Conflits familiaux, voisinage ancien, équipes de travail.
SWOT :
- Forces : Restaure le lien.
- Faiblesses : Processus long.
- Opportunités : Prévention durable.
- Menaces : Déception si attente d’accord rapide.
3) Médiation humaniste
Historique : Développée en France (années 1990) par Jacqueline Morineau, inspirée de la tragédie grecque (!).
Principe : Explorer le vécu et les émotions dans un espace sécurisé.
Exemples : Ruptures familiales, conflits identitaires.
SWOT :
- Forces : Approche profonde.
- Faiblesses : Temps et posture spécifiques.
- Opportunités : Prévention.
- Menaces : Attente de rapidité.
4) Médiation narrative
Historique : Issue de la thérapie narrative (White & Epston), adaptée à la médiation dans les années 1990.
Principe : Déconstruire les récits figés pour ouvrir des alternatives.
Exemples : Conflits interculturels, rivalités professionnelles.
SWOT :
- Forces : Créativité, empathie.
- Faiblesses : Moins adaptée aux litiges techniques.
- Opportunités : Communication de crise.
- Menaces : Culture organisationnelle rigide.
5) Médiation évaluative
Historique : Apparue dans les années 1980 aux États-Unis, portée par des juges et avocats médiateurs.
Principe : Le médiateur propose des options et évalue les chances juridiques.
Exemples : Litiges commerciaux, construction, propriété intellectuelle.
SWOT :
- Forces : Gain de temps.
- Faiblesses : Réduit autonomie.
- Opportunités : Pré-contentieux.
- Menaces : Confusion avec arbitrage.
6) Médiation par les pairs
Historique : Développée dans les années 1970-1980 dans les écoles américaines pour prévenir la violence et responsabiliser les élèves.
Principe : Médiateurs issus du même groupe (élèves, collègues).
Exemples : Conflits scolaires, résidences étudiantes.
SWOT :
- Forces : Cohésion sociale.
- Faiblesses : Formation indispensable.
- Opportunités : Programmes anti-harcèlement.
- Menaces : Biais de proximité.
Tableau comparatif des approches
| Approche | Objectif | Posture | Usages typiques |
|---|---|---|---|
| Facilitative | Solution par dialogue | Non-directif | Civil, commercial, voisinage |
| Transformative | Restaurer la relation | Empowerment & reconnaissance | Familial, voisinage |
| Humaniste | Explorer émotions | Espace sécurisé | Identitaire, familial |
| Narrative | Recomposer récits | Déconstruction | Interculturel, organisations |
| Évaluative | Accélérer accord | Directive | Commercial, technique |
| Par les pairs | Prévention | Médiateurs du même groupe | Scolaire, communauté |
Modèles étrangers
- Europe – Justice restaurative : Recommandations CoE, médiation pénale, cercles RJ.
- Chine – People’s Mediation : Loi de 2010, comités locaux, gratuité, confirmation judiciaire. Exemples : litiges ruraux, PME, copropriété.
- Inde – Lok Adalat : Créé en 1987, awards exécutoires, sessions massives pour sinistres routiers et litiges bancaires.
- Sulha (Moyen-Orient) : Tradition séculaire, réconciliation par notables, cérémonies publiques pour restaurer l’honneur.
- Nouvelle-Zélande – Family Group Conference : Légalisée en 1989, justice des mineurs et protection de l’enfance, ancrage culturel Māori.
- Convention de Singapour (ONU) : 2019, exécution internationale des accords commerciaux.
- Directive UE 2008/52 : Cadre transfrontalier civil et commercial.
Sources
- Typologies de médiation (facilitative, transformative, narrative, évaluative, humaniste) :
- https://www.ifcm-mediation.org/
- https://www.pon.harvard.edu/
- Directive européenne 2008/52/CE (médiation civile et commerciale) :
- Texte officiel EUR-Lex
- Convention de Singapour (ONU, 2018/2019) :
- Site officiel UNCITRAL
- Singapore Convention on Mediation
- Justice restaurative – Conseil de l’Europe :
- Recommandation CM/Rec(2018)8
- Chine – Loi sur la médiation populaire (2010) :
- Texte officiel en anglais (NPC)
- Inde – Lok Adalat :
- NALSA – Lok Adalats
- Legal Services Authorities Act, 1987 (PDF officiel)
- Sulha (médiation coutumière) :
- Oxford Academic – Understanding Sulha
- Institute for Palestine Studies – Sulha Peacemaking
- Nouvelle-Zélande – Family Group Conference :
- Oranga Tamariki – FGC officiel
- Texte législatif Oranga Tamariki Act
FAQ
Quelles sont les principales approches de médiation et comment les distinguer ?
Facilitative (centrée sur le processus), transformative (restauration de la relation), humaniste (travail sur émotions), narrative (reconstruction des récits), évaluative (posture directive), par les pairs (prévention communautaire).
Comment choisir la bonne approche pour un conflit ?
Tout dépend du but : accord rapide → facilitative ou évaluative ; lien à restaurer → transformative ou humaniste ; récits figés → narrative ; prévention scolaire → par les pairs.
La médiation humaniste est-elle adaptée aux litiges techniques ?
Rarement, selon nous, car elle vise l’expression des émotions et la compréhension mutuelle, pas la résolution technique ou chiffrée.
La médiation transformative est-elle compatible avec des délais courts ?
Peu. Elle demande du temps pour changer la dynamique relationnelle. Pour des délais serrés, facilitative ou évaluative sont préférables.
Quels sont les avantages communs à toutes les formes de médiation ?
Confidentialité, rapidité relative à celle d’un procès, coût réduit, accords durables, préservation des relations.
Quels sont les modèles étrangers les plus inspirants ?
People’s Mediation (Chine), Lok Adalat (Inde), Sulha (Moyen-Orient), Family Group Conference (Nouvelle-Zélande), justice restaurative (Europe), Convention de Singapour pour le transfrontalier.
Un accord de médiation peut-il être rendu exécutoire ?
Oui : homologation judiciaire en UE, Convention de Singapour pour les accords commerciaux internationaux.
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