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Indu, pénalité, Ordre des pharmaciens : pourquoi un dossier apparemment mineur peut devenir toxique

Un indu de quelques milliers d’euros n’est pas un petit dossier.

C’est souvent la porte d’entrée d’un enchaînement beaucoup plus large : recouvrement, pénalité, signalement ordinal, contrôle technique, parfois risque pénal ou conventionnel.
Le titulaire qui traite cela comme un simple litige de caisse se met en danger sur plusieurs tableaux à la fois.
La première erreur n’est pas toujours la délivrance, ni la facturation.
C’est souvent la première réponse écrite : trop étroite, trop conciliante, trop tardive, donc exploitable contre l’officine.

I. Un indu n’est pas une pénalité : confondre les deux, c’est perdre en précision et en pouvoir

1. L’indu récupère ; la pénalité punit

L’indu correspond à la répétition de sommes que la caisse estime avoir versées à tort, sur le fondement des règles de facturation, de tarification ou de prise en charge. La pénalité financière répond à une autre logique : elle sanctionne un manquement, un abus ou une fraude alléguée, avec un contrôle spécifique de la matérialité des faits, de leur qualification et de la proportion de la sanction. Une officine peut donc être visée à la fois par une demande de remboursement et par une pénalité distincte, même lorsque le débat sur l’indu reste discuté. Sinon : le titulaire plaide “le montant” alors que la caisse construit déjà “la faute”.

2. Les contentieux sont autonomes ; la défense doit donc l’être aussi

Le recours contre l’indu suit la chaîne CRA puis tribunal judiciaire. La pénalité suit une voie distincte, avec ses propres moyens de contestation. Cette autonomie change tout : un vice de procédure sur l’indu ne neutralise pas mécaniquement la pénalité ; à l’inverse, une discussion utile sur la proportionnalité ou l’absence d’intention frauduleuse peut réduire la sanction sans faire tomber tout le principal. En pratique, il faut séparer les écritures, les objectifs et les critères : d’un côté, la dette alléguée ; de l’autre, la qualification fautive et son quantum. Sinon : l’officine répond à côté et laisse subsister le volet le plus toxique.

3. Le premier courrier doit déjà viser large, sans se transformer en aveu

Ce qui n’est pas contesté utilement au stade amiable peut devenir intouchable ensuite. Une réponse écrite lacunaire, un recours qui ne vise qu’une partie des montants, ou une lettre qui se contente de demander une remise sans discuter le principe, peuvent verrouiller le litige et limiter ce que le juge pourra encore entendre. Exemples de formulations à éviter : « nous sollicitons votre indulgence », « nous ne contestons pas le principe », « il s’agit sans doute d’une erreur de notre part ». Exemples de formulations à privilégier : « l’officine conteste l’intégralité de l’indu notifié, en son principe, en son montant et, le cas échéant, en ses accessoires » ; « l’officine réserve expressément ses moyens sur la qualification des faits et la proportionnalité de toute sanction ». Sinon : la caisse n’a même plus besoin d’emporter le fond ; elle se contente d’opposer vos propres limites.

II. Ce qui paraît “administratif” peut très vite contaminer l’ordinal, le technique, le pénal et le conventionnel

1. Le risque ordinal commence là où la caisse parle de manquement professionnel

Une délivrance sur ordonnance irrégulière, une analyse pharmaceutique jugée insuffisante, une atteinte alléguée au bon fonctionnement des organismes sociaux : tout cela peut nourrir un dossier disciplinaire devant l’Ordre. Les manquements déontologiques ne dépendent pas mécaniquement de l’issue de l’indu. Une officine peut donc discuter encore le bien-fondé financier d’un dossier tout en étant simultanément exposée à un grief de probité, de vigilance ou de refus de délivrance insuffisant. Sinon : le titulaire traite une caisse et découvre trop tard qu’il a aussi ouvert un front ordinal.

2. Le contrôle technique de la sécurité sociale suit sa propre logique et ses propres sanctions

Le contrôle technique peut conduire à des sanctions spécifiques : interdiction de servir des prestations, remboursement du trop-perçu, voies de recours propres. C’est un contentieux à part, avec son calendrier, ses pièces et sa grammaire. Une officine qui répond mal au stade financier peut donc se retrouver fragilisée dans un dossier technique, où la caisse ou l’organisme compétent n’auront plus qu’à recycler les formulations maladroites déjà envoyées. Là encore, le sujet n’est pas d’être agressif ; il est d’être étanche. Sinon : une phrase écrite pour “calmer” le recouvrement alimente ensuite le dossier technique.

3. Le risque pénal et le risque conventionnel ne doivent jamais être traités comme des menaces théoriques

Faux, usage de faux, escroquerie, exercice illégal, avantages prohibés, convention illicite, suspension de conventionnement : les textes et les procédures ne relèvent pas du même ordre, mais ils peuvent se nourrir des mêmes faits. Une même séquence peut donc produire un recouvrement, une pénalité, un signalement ordinal, un contrôle technique, et, si la caisse ou le parquet retiennent une qualification plus lourde, un risque pénal. Les sanctions conventionnelles peuvent en outre frapper l’activité elle-même : suspension de flux, perte d’avantages, atteinte au tiers payant ou au conventionnement. Sinon : ce qui semblait être un dossier “à 4 000 ou 5 000 euros” devient un problème de gouvernance, de cession et de continuité d’exploitation.

III. Ce type de dossier se pilote comme un dossier de crise : assurance, tri des fronts, négociation, puis seulement débat de fond

1. Le premier réflexe n’est pas de répondre : c’est de déclarer le sinistre

Un dossier d’indu avec risque de pénalité doit être déclaré immédiatement à l’assureur. Pas pour admettre quoi que ce soit, mais pour conserver la couverture, les frais de défense et la capacité de réagir sans subir un second conflit avec son propre contrat. C’est d’autant plus important que ce type de dossier peut déborder : Ordre, contrôle technique, audience, saisie, réputation. Espérons simplement que la police a été négociée sérieusement en amont, idéalement avec un courtier qui connaît les risques spécifiques de l’officine. Sinon : le titulaire découvre trop tard qu’il doit défendre deux dossiers au lieu d’un.

2. Ne pas gérer seul n’est pas de la prudence molle ; c’est de l’hygiène de commandement

Le groupement ou le syndicat peuvent être utiles pour comprendre l’environnement. Ils ne portent ni la stratégie individuelle, ni la qualité des écritures, ni la charge d’un contentieux multi-fronts. Dans un dossier toxique, le dirigeant est souvent traversé par plusieurs mouvements internes : une part qui veut payer pour en finir, une part qui veut tout contester, une part qui redoute l’Ordre, une autre qui refuse toute concession. L’IFS aide justement à identifier qui parle quand on écrit, qui veut sauver la face, qui veut éviter la honte, et qui prend enfin la décision utile. La consultation d’un avocat est donc préférable très tôt, non pour “judiciariser”, mais pour trier, encapsuler, séquencer. Sinon : l’officine envoie des courriers incohérents, puis subit les conséquences sur plusieurs scènes à la fois.

3. Les modes de prévention et règlement des différends ne servent qu’une fois le terrain sécurisé

Médiation, processus collaboratif, audience de règlement amiable : ces cadres ont une vraie utilité quand le dossier menace de contaminer plusieurs niveaux de risque. Ils permettent de remettre de l’ordre, de travailler sous confidentialité, d’objectiver les intérêts réels — trésorerie, image, temps de direction, maintien de la relation institutionnelle, prévention d’un signalement — et de construire une BATNA crédible. Sur le plan interpersonnel, ils réduisent les réactions de défense. Sur le plan systémique, ils évitent que chaque procédure n’alimente l’autre. Sur le plan introspectif, ils aident le dirigeant à ne pas laisser la panique piloter l’écriture. Mais ils n’ont de sens qu’après un premier travail de sécurisation : recours formé, périmètre contesté, pièces classées, assureur avisé. Sinon : on négocie mal parce qu’on n’a pas d’alternative propre.

Un dossier d’indu prétendument mineur peut déstabiliser une officine bien au-delà de son montant.
Le dirigeant qui ne sépare pas les fronts laisse les procédures se contaminer entre elles ; celui qui classe, déclare, borne et négocie sur des critères garde encore la main.
La responsabilité entrepreneuriale ne consiste pas à “tenir bon” au hasard ; elle consiste à empêcher qu’un incident technique devienne un dossier toxique pour l’entreprise et pour celui qui la dirige.

« La négociation est un sport de combat – Il faut savoir être dur avec les questions à traiter tout en préservant les relations. »

Une question ? Parlons‑en, tout simplement.

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FAQ

1. « J’ai reçu un petit indu pour ma pharmacie : comment savoir si c’est vraiment un “petit” dossier ou le début d’autre chose ? »

Il faut raisonner par effets et non par montant. Un indu modeste peut rester un simple recouvrement ; il peut aussi ouvrir une pénalité, nourrir un signalement ordinal, déclencher un contrôle technique ou servir d’entrée à une lecture pénale si la caisse retient des faits plus lourds. Le bon réflexe consiste donc à lire la notification non comme une simple demande d’argent, mais comme un acte qui peut changer votre exposition sur plusieurs scènes. Si vous voyez apparaître une qualification fautive, une pénalité, un vocabulaire de manquement ou un grief sur la vigilance professionnelle, vous n’êtes déjà plus dans un “petit dossier”.

2. « Quelle est la vraie différence entre un indu et une pénalité financière pour une officine ? »

L’indu correspond à une somme que la caisse veut récupérer. La pénalité répond à une logique de sanction. Les deux peuvent naître des mêmes faits, mais ils ne se défendent pas de la même manière. Contester l’indu, c’est discuter la dette alléguée, la régularité de la procédure, la preuve, le montant et parfois la prescription. Contester la pénalité, c’est déplacer le débat sur la gravité des faits, leur qualification, la proportion de la sanction et l’absence éventuelle d’intention frauduleuse. Si vous mélangez les deux, vous laissez la caisse choisir seule le terrain.

3. « Est-ce qu’une caisse peut vraiment me réclamer à la fois le remboursement et une pénalité ? »

Oui. Les contentieux sont autonomes. Une officine peut être poursuivie pour la restitution d’un indu et, en parallèle, pour une pénalité financière distincte. C’est précisément ce qui rend ces dossiers toxiques : le titulaire croit discuter un montant alors que la caisse structure déjà une faute, puis une sanction. La bonne stratégie consiste à découper les fronts au lieu de répondre globalement comme si tout relevait d’un même débat.

4. « Si la procédure d’indu est irrégulière, est-ce que ça fait tomber la pénalité aussi ? »

Pas nécessairement. L’autonomie des contentieux interdit ce raccourci. Un vice qui fragilise l’indu ne neutralise pas automatiquement la pénalité, surtout si la caisse ou le juge considèrent que les faits reprochés demeurent suffisamment établis pour soutenir une sanction. Il faut donc toujours traiter séparément la mécanique du recouvrement et celle de la pénalité. Miser sur l’effondrement automatique de l’une par l’autre est une erreur classique.

5. « À quel moment un dossier d’indu peut-il devenir un dossier ordinal ? »

Dès que les faits reprochés peuvent être relus comme un manquement professionnel : défaut d’analyse pharmaceutique, délivrance sur ordonnance irrégulière, atteinte au bon fonctionnement des organismes sociaux, défaut de vigilance, probité discutée. L’Ordre n’attend pas toujours que le dossier financier soit définitivement jugé. C’est pour cela qu’un courrier de caisse mal géré peut devenir, quelques semaines plus tard, la matrice d’un grief disciplinaire. Il faut donc écrire dès le départ comme si d’autres lecteurs institutionnels pouvaient un jour relire chaque phrase.

6. « L’Ordre des pharmaciens peut-il être saisi même si je conteste encore l’indu ? »

Oui. Les procédures sont autonomes. Le fait que l’indu soit contesté n’empêche pas qu’un dossier disciplinaire puisse être ouvert si les faits sont présentés comme une atteinte à la déontologie ou à la probité. Cela ne signifie pas que l’issue vous sera défavorable ; cela signifie que la contestation financière ne suffit jamais à protéger seule l’officine. Il faut anticiper la porosité entre les contentieux au lieu de la découvrir.

7. « Qu’est-ce que le contrôle technique de la sécurité sociale peut m’infliger concrètement ? »

Le contrôle technique peut conduire à des sanctions spécifiques : interdiction temporaire ou permanente de servir des prestations, remboursement du trop-perçu, voies de recours propres. Pour un titulaire, ce n’est pas un dossier secondaire. Cela touche directement l’activité, la relation avec les assurés, la continuité des flux et l’image de sérieux de l’officine. Un recouvrement mal défendu peut donc préparer une sanction qui dépasse largement le montant initialement discuté.

8. « Est-ce qu’un dossier d’indu peut vraiment finir au pénal ? »

Oui, lorsque les faits prennent la couleur de faux, d’usage de faux, d’escroquerie, d’exercice illégal ou d’avantages prohibés. La frontière n’est pas toujours là où le titulaire l’imagine. Une négligence grave, répétée, mal expliquée ou rédigée de manière maladroite peut être relue comme plus qu’une simple erreur. Là encore, la défense utile commence tôt : séparer le recouvrement, refuser les formulations d’aveu, documenter les diligences accomplies, puis seulement entrer dans la discussion des faits.

9. « Les sanctions conventionnelles, c’est vraiment un sujet pour l’officine ? »

Oui. Le non-respect des règles conventionnelles peut produire des conséquences propres : suspension de certains avantages, atteinte au conventionnement, impact sur le tiers payant ou sur la relation économique avec la caisse. Le danger est de considérer que tant qu’il n’y a pas de convocation disciplinaire ou de plainte pénale, le dossier reste “administratif”. En réalité, la toxicité d’un dossier vient précisément de cette capacité à contaminer des zones que l’on croyait séparées.

10. « Quelle est l’erreur de départ la plus fréquente quand un titulaire reçoit un indu avec pénalité ? »

Répondre trop vite, en croyant rassurer. Typiquement : “nous reconnaissons une erreur”, “nous sollicitons votre indulgence”, “nous demandons une remise”. Ces formulations semblent apaisantes ; elles réduisent en réalité votre liberté de défense. Le premier courrier ne doit ni s’excuser ni se raconter. Il doit préserver le périmètre, demander les pièces utiles, réserver les moyens et éviter toute auto‑qualification fautive.

11. « Est-ce que je dois déclarer le sinistre à mon assureur même si je pense pouvoir régler ça rapidement ? »

Oui. C’est même le premier réflexe utile. Un dossier d’indu avec risque de pénalité peut déborder vite : frais de défense, contentieux technique, discussion disciplinaire, risque réputationnel. Déclarer tôt ne vous engage pas sur le fond ; cela conserve vos droits et évite d’ajouter un litige de garantie à un dossier déjà tendu. Attendre est presque toujours une mauvaise économie.

12. « Si mon groupement me dit qu’il suffit d’un courrier simple, je peux m’en contenter ? »

Vous pouvez vous appuyer sur son retour pour comprendre le contexte. Vous ne devez pas lui abandonner la stratégie écrite si le dossier comporte plusieurs risques imbriqués. Le groupement informe. Il ne porte ni votre assurance, ni votre exposition ordinale, ni la qualité de la contestation qui fixera demain le champ du litige. Dans ce type de dossier, la consultation d’un avocat est préférable très tôt, justement pour éviter que le “courrier simple” devienne la pièce qui vous enferme.

13. « Comment savoir si la pénalité est contestable ou si elle va forcément passer ? »

Il faut vérifier si elle est distinctement motivée, si son fondement est identifiable, si les faits qui la soutiennent sont établis, et si sa proportion est défendable au regard du dossier. Une pénalité n’est pas un simple supplément comptable. Elle suppose un raisonnement sur la gravité des faits. Un acte isolé, sans répétition, sans enrichissement anormal et sans élément intentionnel, ne se traite pas comme une fraude structurée. C’est là que l’argumentation doit être précise et calme, jamais indignée.

14. « Si je paie l’indu rapidement, est-ce que cela peut éviter les autres suites ? »

Pas nécessairement. Payer peut parfois être présenté comme un choix de trésorerie ou de prudence ; cela ne neutralise pas automatiquement la pénalité, le signalement ordinal ou les autres volets. Dans certains cas, le paiement précoce peut même être lu comme une acceptation pratique du dossier si la stratégie n’a pas été correctement bornée. Avant tout paiement, il faut donc arbitrer : qu’est-ce qu’on reconnaît, qu’est-ce qu’on conteste encore, et quel effet cela peut avoir sur les autres fronts ?

15. « Je peux me défendre seul sur l’indu et prendre un avocat seulement si ça se complique ? »

Vous pouvez. C’est souvent trop tard. Ce type de dossier se dégrade surtout au début : omission de chefs contestés, formulation maladroite, reconnaissance implicite, non‑déclaration à l’assureur, confusion entre l’indu et la pénalité. Quand vous prenez conseil après cela, vous demandez parfois qu’on répare une clôture déjà posée. L’intérêt d’un avocat, ici, n’est pas de “faire un procès” ; c’est d’empêcher l’officine de s’auto‑fragiliser dans ses premiers écrits.

16. « Comment éviter qu’un indu se transforme en dossier toxique ? »

En triant immédiatement les fronts : recouvrement, pénalité, risque ordinal, risque technique, risque pénal éventuel, risque conventionnel. Puis en traitant chaque front avec son calendrier, ses critères et ses écrits. Le mot-clé n’est pas “combattre” mais “encapsuler”. Tant que l’officine laisse tout se mélanger dans un même échange, la caisse gagne en simplicité ce que vous perdez en contrôle.

17. « Est-ce qu’une mauvaise réponse écrite peut vraiment déclencher d’autres procédures ? »

Elle peut au minimum les nourrir. Une reconnaissance maladroite, une explication trop large, une phrase de type “nous n’avions pas vérifié”, une demande de remise sans contestation du principe : tout cela peut être relu par d’autres acteurs comme un début d’aveu. Dans un système où plusieurs contentieux peuvent s’alimenter des mêmes faits, l’écriture est déjà une pièce de gouvernance. Elle peut fermer ou ouvrir des fronts.

18. « Qu’est-ce qu’il faut contester en premier quand il y a à la fois indu et pénalité ? »

Il faut contester clairement chaque chef, sans les confondre. D’un côté, le principe et le montant de l’indu. De l’autre, la qualification et le quantum de la pénalité. Si vous répondez à tout dans un seul mouvement confus, vous aidez la caisse à tout relire dans une seule logique. Votre intérêt est inverse : désassembler pour mieux défendre.

19. « Je peux demander une remise de pénalité sans reconnaître l’indu ? »

Oui, mais la rédaction doit être chirurgicale. Toute demande subsidiaire doit être présentée sans reconnaissance du principal, avec une réserve nette sur le principe de la créance. Sinon, votre courrier bascule de la contestation vers la supplication, et la caisse le lira dans ce sens. On ne négocie pas proprement si l’on a déjà admis plus que nécessaire.

20. « Comment les modes amiables peuvent-ils m’aider dans ce type de dossier ? »

Uniquement lorsqu’ils sont utilisés comme des cercles sécurisés de négociation, pas comme des gestes moraux. Médiation, processus collaboratif, audience de règlement amiable : ces cadres permettent de remettre de l’ordre, de travailler sous confidentialité, d’objectiver les intérêts réels et de séparer les fronts. Ils sont particulièrement utiles lorsque le dossier menace de contaminer l’ordinal, la trésorerie, la relation avec la caisse et le temps de direction. Mais ils n’ont de sens qu’après avoir sécurisé les recours et classé les risques.

21. « C’est quoi ma BATNA dans un dossier d’indu avec risque ordinal ? »

Votre BATNA n’est jamais abstraite. C’est la meilleure alternative crédible si la discussion échoue : contestation complète au fond, réduction de la pénalité, limitation du périmètre, temporalisation du recouvrement, défense ordinale séparée, ou encore procédure contentieuse proprement engagée. Une BATNA utile n’est pas une posture. C’est une option préparée, documentée, réaliste. Sans elle, vous négociez sous pression. Avec elle, vous cessez de subir.

22. « Pourquoi insister autant sur la distinction entre niveau interpersonnel, niveau systémique et niveau introspectif ? »

Parce qu’un dossier toxique se perd rarement pour une seule raison. Niveau interpersonnel : échanges avec la caisse, l’Ordre, l’équipe, les conseils. Niveau systémique : calendrier, pluralité des procédures, flux de trésorerie, exposition de l’officine. Niveau introspectif : honte, peur, colère, besoin de sauver la face, envie de payer pour en finir, envie de se battre sur tout. Si vous ne distinguez pas ces plans, vous croyez traiter du droit alors que vous laissez vos réactions gouverner la procédure.

23. « En quoi l’IFS peut être concret pour un titulaire dans ce type de dossier ? »

Très concrètement, il permet d’identifier les “parts” qui pilotent les décisions : la part qui veut apaiser, celle qui veut attaquer, celle qui veut éviter le conflit, celle qui veut sauver l’image du titulaire, celle qui craint l’Ordre. Quand on ne les identifie pas, on envoie des écrits contradictoires : un courrier combatif, puis un mail conciliant, puis une demande de délai, puis une explication excessive. Le travail introspectif n’est pas du confort psychologique ; c’est un outil pour retrouver une ligne décisionnelle stable.

24. « Le contrôle technique et l’Ordre, ce n’est pas un peu la même chose au fond ? »

Non. Les logiques, les sanctions et les voies de recours diffèrent. Le contrôle technique vise des manquements dans le cadre de la sécurité sociale ; l’Ordre traite des obligations professionnelles et déontologiques. Les faits peuvent se recouper, mais les scènes ne se confondent pas. Une défense qui mélange tout finit souvent par être mauvaise partout. Il faut donc distinguer les organes, les calendriers et les objectifs.

25. « Une procédure pénale peut-elle utiliser ce que j’ai écrit à la caisse ? »

Elle peut au minimum s’en nourrir si ces écrits existent au dossier. D’où l’importance de ne jamais écrire à chaud, de ne pas reconnaître ce qui n’a pas été démontré, et de conserver une langue de réserve. Ce n’est pas de la méfiance excessive. C’est de la discipline. Un même fait peut être relu par plusieurs institutions ; votre courrier ne doit donc jamais être rédigé comme s’il n’avait qu’un seul destinataire.

26. « Est-ce qu’un dossier de ce type peut vraiment peser sur une cession d’officine ? »

Oui, parce qu’il affecte la visibilité, la réputation, la qualité du conventionnement, la relation avec les institutions et parfois la continuité des flux. Même lorsqu’il ne débouche pas sur la sanction la plus lourde, un dossier multi-fronts mal géré peut produire une décote en audit, une crispation bancaire ou une prudence accrue de l’acquéreur. Le sujet n’est donc pas seulement le montant immédiat réclamé. C’est aussi la trace laissée dans l’histoire de l’officine.

27. « À quel moment faut-il envisager une stratégie de négociation au lieu d’une pure contestation ? »

Quand vous avez identifié vos intérêts réels, classé les fronts, préservé vos recours et préparé une alternative crédible. Trop tôt, la négociation ressemble à une capitulation ; trop tard, elle ressemble à une demande de secours. Le bon moment se situe après la sécurisation du dossier et avant que les procédures ne se raidissent au point d’écraser toute marge de manœuvre.

28. « Qu’est-ce qu’il faut absolument classer dès l’ouverture du dossier ? »

La notification, ses annexes, les preuves de réception, les accusés d’envoi, les réponses déjà faites, les pièces justificatives, les éléments internes de procédure, la chronologie exacte des faits, les échanges avec l’assureur, et toute pièce susceptible de servir sur un autre front que le seul indu. Dans un dossier toxique, la preuve de la chronologie compte presque autant que la preuve matérielle elle-même.

29. « Est-ce qu’il y a une phrase simple à retenir avant d’envoyer le moindre courrier ? »

Oui : ne jamais écrire une phrase qui vous qualifie vous-même avant que la caisse, l’Ordre ou un juge n’ait eu à le faire. Si une phrase ressemble à un aveu, à une excuse générale ou à une auto‑accusation élégante, elle est probablement mauvaise. Votre premier devoir n’est pas de paraître aimable. C’est de ne pas dégrader la défense de l’officine.

30. « Si je dois retenir une seule règle pour qu’un dossier “mineur” ne devienne pas toxique, laquelle ? »

Séparez immédiatement les fronts et refusez toute réponse unique à un risque multiple. Indu, pénalité, Ordre, contrôle technique, conventionnel, pénal éventuel : chaque scène a sa logique. Tant que vous les mélangez, vous subissez. Dès que vous les classez, vous recommencez à diriger.

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