
Organiser une formation ou un atelier chez un particulier n’est pas un acte anodin. Dès qu’un public est accueilli, le lieu peut être considéré comme un établissement recevant du public (ERP). Cela entraîne des obligations spécifiques, même si l’activité semble informelle ou ponctuelle.
Exemple : Une formatrice anime un atelier de réparation de meubles chez une participante. Si plus de 5 personnes sont présentes, elle doit respecter les règles de sécurité incendie applicables aux ERP de 5e catégorie.
1. Le domicile devient un ERP : quelles conséquences ?
ERP ou pas ERP ?
Dès qu’un local d’habitation accueille une activité professionnelle recevant du public, il est juridiquement qualifié d’ERP. Même si la pièce utilisée n’a pas d’accès indépendant, les règles de sécurité s’appliquent selon l’effectif.
Exemple : Une pièce de vie utilisée pour un atelier avec 15 personnes est soumise à des obligations minimales (extincteur, conformité électrique).
Cas des petits effectifs
Pour moins de 20 personnes, les obligations sont allégées : entretien des installations, vérification électrique, extincteur, présence d’un membre du personnel.
Exemple : Un atelier de couture avec 8 participantes doit prévoir un extincteur et vérifier l’installation électrique.
Cas dérogatoire
Si l’activité est exercée dans les mêmes pièces que la vie familiale, sans séparation, le lieu n’est pas considéré comme ERP.
Exemple : Une formatrice reçoit deux stagiaires dans son salon, où elle vit : les règles d’habitation s’appliquent.
2. Sécurité, accessibilité et responsabilités
Pouvoirs du maire et du préfet
Le maire ou le préfet exerce une police spéciale sur les ERP. Il peut ordonner des contrôles et imposer des mesures de sécurité.
Exemple : Le maire peut demander une vérification des installations avant un atelier prévu dans un appartement.
Accessibilité pour tous
Les ERP doivent être accessibles aux personnes handicapées. Un registre public d’accessibilité est obligatoire. Des dérogations sont possibles en cas de contraintes techniques ou patrimoniales.
Exemple : Une salle en étage sans ascenseur peut bénéficier d’une dérogation motivée.
Responsabilité de l’organisateur
L’organisateur doit faire preuve de prudence et de diligence. Il est responsable en cas d’accident, même si les règles ont été respectées.
Exemple : Un participant se blesse avec un outil mal rangé : l’organisateur peut être tenu responsable.
3. Encadrement, assurances, fiscalité
Encadrement qualifié
Le défaut de qualification de l’encadrant engage la responsabilité contractuelle de l’organisateur. Il doit aussi informer, surveiller et anticiper les risques.
Exemple : Un animateur non formé à l’utilisation d’une scie électrique expose les participants à un danger.
Assurances
L’organisateur doit souscrire une assurance RC professionnelle couvrant les dommages corporels et matériels. L’assurance habitation du particulier ne couvre pas les activités professionnelles.
Exemple : Une formatrice en aquarelle vérifie que son assurance couvre les dommages causés aux biens du stagiaire.
Fiscalité en Île-de-France
L’utilisation de locaux comme bureaux ou locaux commerciaux peut entraîner une taxe annuelle. L’usage au 1er janvier est déterminant.
Exemple : Un appartement utilisé régulièrement pour des ateliers peut être requalifié en local professionnel.
Exemples d’ateliers de bricolage conformes
🪚 Fabriquer un petit banc en bois
Un artisan-formateur anime un atelier dans le jardin d’un particulier. Les participants apprennent à découper, assembler et poncer les éléments d’un banc en bois brut. L’activité est encadrée, sécurisée, et limitée à 6 personnes.
🔨 Poser un carrelage mural
Une professionnelle du bâtiment montre comment préparer un mur, appliquer la colle et poser les carreaux avec régularité. L’atelier se déroule dans une cuisine privée, avec des outils adaptés et des consignes claires. Les participants sont équipés de gants et lunettes de protection.
🧰 Construire une jardinière sur-mesure
Sur une terrasse privée, un animateur DIY guide les participants dans la fabrication d’une jardinière en bois. L’atelier inclut la découpe, l’assemblage et la finition. L’activité est non commerciale et respecte les règles de sécurité.
🪵 Poser une terrasse en bois
Dans un jardin, un menuisier encadre la pose d’une terrasse en bois : préparation du sol, pose des lambourdes, fixation des lames. Les participants utilisent des outils électroportatifs sous supervision. L’atelier est limité à un petit groupe.
🧱 Monter un mur en plaques de plâtre sur ossature métallique
Un artisan enseigne la mise en place d’une ossature métallique et la pose de plaques de plâtre. L’atelier se déroule dans une pièce vide, avec vérification des outils et port de protections. La documentation technique est fournie.
🪜 Relooker un escalier
Une décoratrice propose un atelier pour moderniser un escalier en bois : ponçage, peinture, pose de revêtement. Les produits utilisés sont identifiés et manipulés avec précaution. L’activité se déroule dans un cadre privé et ventilé.
🪚 Couper du bois en toute sécurité
Un formateur explique les techniques de coupe avec scies manuelles et électriques. L’atelier se déroule dans un garage privé, avec démonstration préalable et équipements de protection. La sécurité est au cœur de l’encadrement.
⚡ Poser un tableau électrique
Un électricien certifié anime un atelier sur la pose d’un tableau électrique : schéma de câblage, raccordement, vérification. Le circuit est hors tension et les outils sont isolés. L’activité est strictement encadrée.
🪟 Poser un parquet flottant
Dans une pièce de vie, les participants apprennent à poser un parquet flottant : préparation du sol, découpe, emboîtement. L’atelier est encadré par un professionnel et limité à 6 personnes. Les consignes de sécurité sont respectées.
🚿 Installer une douche à l’italienne
Un plombier anime un atelier sur l’installation d’une douche à l’italienne : étanchéité, évacuation, pose du receveur. L’activité est technique, encadrée et réservée à des participants sensibilisés aux risques. Les équipements sont vérifiés et adaptés.
Tous ces ateliers sont organisés dans des lieux privés, avec un effectif limité (généralement moins de 10 personnes), des outils vérifiés, des consignes de sécurité claires, une assurance responsabilité civile professionnelle, et une documentation adaptée. Aucun de ces lieux n’est qualifié ERP, car l’accès est restreint et l’activité reste ponctuelle ou pédagogique.
Pour aller plus loin
Organiser un atelier chez un particulier implique de respecter des règles précises. Même avec un petit effectif, les obligations de sécurité, d’accessibilité et de responsabilité sont réelles. Il est essentiel de bien s’informer avant de lancer l’activité.
Contactez-moi : avocat, médiateur et formateur, je vous accompagne pour sécuriser votre projet et prévenir les risques.
Sources
- Code de la construction et de l’habitation (CCH), art. R. 143-2, R. 123-3 à R. 123-11
- Arrêté du 25 juin 1980 modifié (règlement de sécurité ERP)
- Code du travail, art. L. 4121-1, L. 6353-4, L. 6362-3
- Code général des impôts, art. 231 ter
- Jurisprudences : Cass. soc., Cass. crim., CE/CAA
- Lefebvre Dalloz, Encyclopédies et revues spécialisées
FAQ orale (25 entrées)
– C’est quoi un ERP exactement ? → C’est un lieu qui reçoit du public, même chez soi, dès qu’on organise une activité pro.
– Si je fais un atelier chez moi avec 5 personnes, je dois faire quoi ? → Vérifier l’électricité, avoir un extincteur, et être présent pendant l’atelier.
– Et si je vis dans la pièce où je fais l’atelier ? → Là, c’est pas considéré comme ERP, donc les règles sont plus souples.
– Le maire peut vraiment venir contrôler ? → Oui, il a un pouvoir spécial pour vérifier la sécurité des lieux.
– Je dois rendre mon salon accessible aux personnes handicapées ? → Oui, sauf si c’est techniquement impossible ou si le bâtiment est ancien.
– Je peux demander une dérogation ? → Oui, mais il faut la motiver sérieusement.
– Je suis responsable si quelqu’un se blesse ? → Oui, même si vous avez respecté les règles.
– Je dois avoir un diplôme pour encadrer ? → Pas forcément, mais vous devez être compétent et prudent.
– Je dois faire un contrat avec les stagiaires ? → Oui, ou au moins une facture avec les mentions obligatoires.
– Et si je fais ça en tant que salarié ? → Votre employeur doit vous former et sécuriser le lieu.
– Il doit faire un DUER ? → Oui, c’est obligatoire pour évaluer les risques.
– Je peux être exonéré si j’ai tout bien fait ? → Oui, mais il faut le prouver.
– Je dois avoir une trousse de secours ? → Oui, surtout si c’est une activité physique ou manuelle.
– Je dois afficher les numéros d’urgence ? → Oui, c’est obligatoire dans certains cas.
– Je dois déclarer les accidents ? → Oui, les graves doivent être signalés au préfet.
– Je peux être poursuivi pénalement ? → Oui, si vous avez manqué à vos obligations de sécurité.
– Je dois former les intervenants ? → Oui, sur la sécurité, les gestes à faire, les risques.
– Je dois faire attention à l’électricité ? → Oui, c’est une obligation de base.
– Je dois payer une taxe si je suis en Île-de-France ? → Peut-être, si le lieu est utilisé comme bureau ou commerce.
– Le coworking est concerné ? → Oui, souvent considéré comme bureau.
– Je peux faire ça sans autorisation ? → Pas toujours, il faut vérifier selon le lieu et l’activité.
– Je dois prévenir les voisins ? → Pas juridiquement, mais c’est conseillé.
– Je peux faire ça dans une copropriété ? → Oui, mais attention au règlement intérieur.
– Je dois assurer les participants ? → C’est fortement recommandé.
– Je peux être aidé pour tout ça ? → Oui, contactez un avocat ou un médiateur.