
L’expérience utilisateur est devenue un levier stratégique. Mais comment protéger juridiquement une ambiance, une interaction, une immersion ? Le droit des dessins et modèles, longtemps limité aux objets physiques, s’ouvre désormais aux environnements numériques et dynamiques. Pourtant, les entreprises sous-estiment encore les risques de copie, de parasitisme ou de litige. Il est temps d’anticiper.
1. L’expérience utilisateur comme objet de protection : une révolution juridique
Une définition élargie du « produit » en droit européen
Depuis le 1er mai 2025, le règlement (UE) 2024/2822 intègre les interfaces utilisateur graphiques, les environnements immersifs et les éléments non physiques dans la définition du « produit » protégé. Cela permet de déposer des designs numériques, animés, interactifs, à condition qu’ils soient visibles et objectivables.
Exemple : une application mobile avec micro-interactions, transitions et animations peut être protégée comme design de l’UE si les séquences sont représentées clairement.
Une protection étendue aux éléments dynamiques
La réforme consacre la possibilité de protéger les mouvements, transitions et animations comme caractéristiques d’apparence. Cela ouvre la voie à la protection de l’expérience utilisateur dans sa globalité, au-delà des simples formes statiques.
Exemple : une interface de réalité augmentée, avec effets de transition et navigation gestuelle, peut être déposée si les vues animées sont fournies.
Une approche centrée sur l’utilisateur averti
Le critère du « caractère individuel » s’apprécie du point de vue de l’utilisateur averti, qui perçoit l’expérience comme un tout. Cela permet de valoriser les designs immersifs qui créent une impression globale distinctive, même si chaque élément pris isolément semble banal.
Exemple : un parcours client dans une boutique virtuelle peut être protégé si l’agencement, les effets visuels et les interactions créent une ambiance unique.
2. Dépôt et stratégie : comment protéger une expérience immersive ?
Représenter l’expérience de manière claire et complète
La demande de dépôt doit comporter des vues cohérentes, dynamiques, sur fond neutre, sans éléments parasites. Il est possible d’utiliser des vidéos, des modélisations 3D ou des séquences animées pour capter l’expérience utilisateur.
Exemple : une entreprise peut déposer une interface vocale avec animation de réponse, en fournissant une vidéo montrant les différentes étapes de l’interaction.
Utiliser le dépôt multiclasse pour couvrir tous les aspects
Le nouveau régime permet de déposer jusqu’à 50 modèles dans une même demande, en multiclasse. Cela permet de protéger les différentes facettes d’une expérience : interface, transitions, environnement spatial, éléments visuels.
Exemple : une marque peut déposer l’ensemble de son showroom virtuel, avec les vues de l’accueil, du catalogue interactif et du tunnel d’achat.
Prévoir une clause de négociation préventive
Les litiges sur les designs immersifs sont complexes : ils impliquent des perceptions, des impressions, des usages. Il est donc utile de prévoir une clause de médiation ou d’arbitrage dans les contrats de conception, de dépôt ou d’exploitation.
Exemple : un contrat entre une agence UX et une entreprise peut prévoir une médiation en cas de litige sur la propriété du design immersif.
3. Enjeux pratiques : éviter les pièges et valoriser ses créations
Éviter les erreurs de représentation
Une mauvaise représentation peut entraîner le rejet du dépôt ou une protection trop étroite. Il faut éviter les vues floues, les éléments extrinsèques, les incohérences. La qualité de la représentation est essentielle pour protéger l’expérience.
Exemple : une interface déposée avec des captures d’écran non animées risque de ne pas couvrir les transitions et micro-interactions.
Anticiper les risques de copie et de parasitisme
Les designs immersifs sont souvent copiés sans scrupule. Il est donc crucial de déposer rapidement, de surveiller les usages concurrents, et d’agir en cas de reproduction illicite. Le droit des dessins et modèles permet d’interdire la fabrication, la diffusion et même le partage de fichiers numériques.
Exemple : une entreprise peut interdire le téléchargement d’un fichier 3D reproduisant son interface immersive.
Valoriser l’expérience comme actif immatériel
Un design immersif bien protégé devient un actif stratégique : il peut être licencié, valorisé, intégré dans une stratégie de marque. Il est donc essentiel de l’intégrer dans la politique de propriété intellectuelle de l’entreprise.
Exemple : une startup peut valoriser son interface immersive dans une levée de fonds, en montrant qu’elle est protégée juridiquement.
L’expérience utilisateur n’est plus un simple outil marketing : c’est un objet juridique à part entière. Grâce à la réforme européenne, les entreprises peuvent désormais protéger leurs designs immersifs, à condition de les représenter clairement et de penser leur stratégie dès la conception.
Sources
- https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32024R2822
- https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=84175&pageIndex=0&doclang=FR
- https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=122682&pageIndex=0&doclang=FR
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FAQ
- C’est quoi un design immersif ?
C’est une création qui vise à immerger l’utilisateur dans une expérience globale, souvent numérique ou interactive. - Peut-on protéger une ambiance ?
Oui, si elle est matérialisée par des éléments visuels, sonores ou interactifs objectivables. - Les interfaces animées sont-elles protégées ?
Oui, depuis la réforme, les animations et transitions sont incluses dans la protection. - Faut-il déposer chaque élément séparément ?
Non, le dépôt multiclasse permet de couvrir plusieurs éléments dans une seule demande. - Une vidéo peut-elle servir de preuve ?
Oui, elle peut illustrer l’expérience utilisateur de manière dynamique. - Peut-on protéger une navigation gestuelle ?
Oui, si elle est représentée clairement et répond aux critères de nouveauté et de caractère individuel. - Un design immersif peut-il être copié ?
Oui, et c’est pourquoi il faut le protéger rapidement. - La protection couvre-t-elle les fichiers numériques ?
Oui, le règlement permet d’interdire leur création, partage et téléchargement. - Peut-on déposer une interface vocale ?
Oui, si elle est représentée par des vues ou des séquences animées. - La protection est-elle valable dans toute l’UE ?
Oui, pour les dessins et modèles de l’Union européenne. - Un design immersif peut-il être une marque ?
Oui, dans certains cas, mais cela dépend de sa capacité à identifier l’origine. - Faut-il une valeur esthétique ?
Non, la protection ne dépend pas de la beauté mais de l’apparence objectivable. - Peut-on déposer un parcours client ?
Oui, s’il est représenté par des vues cohérentes et visibles. - La protection est-elle automatique ?
Non, elle commence à l’enregistrement. - Un design immersif peut-il être licencié ?
Oui, comme tout droit de propriété intellectuelle. - Peut-on protéger une interface de réalité augmentée ?
Oui, si elle est représentée clairement. - La protection couvre-t-elle les sons ?
Non, sauf s’ils sont intégrés dans une interface visuelle. - Un design immersif peut-il être protégé en France ?
Oui, via le droit national ou le droit de l’UE. - Faut-il un avocat pour déposer ?
Non, mais c’est fortement recommandé pour sécuriser le dépôt. - Peut-on déposer une interface en plusieurs étapes ?
Oui, en utilisant le dépôt multiclasse. - La protection est-elle valable pour les apps mobiles ?
Oui, si l’apparence est représentée clairement. - Un design immersif peut-il être annulé ?
Oui, en cas de défaut de nouveauté ou de visibilité. - Peut-on déposer une interface tactile ?
Oui, si les vues montrent l’interaction. - La protection est-elle valable pour les jeux vidéo ?
Oui, pour les interfaces et éléments visuels. - Un design immersif peut-il être revendiqué par plusieurs personnes ?
Oui, en cas de création collaborative. - Faut-il déposer dans chaque pays ?
Non, le dépôt à l’EUIPO couvre toute l’UE. - Peut-on déposer une interface en version bêta ?
Oui, mais elle doit être suffisamment déterminée. - La protection couvre-t-elle les mises à jour ?
Non, il faut déposer chaque version si elle est différente. - Un design immersif peut-il être opposé à un concurrent ?
Oui, en cas de reproduction illicite. - Peut-on protéger une interface vocale avec animation ?
Oui, si elle est représentée par des séquences claires.
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