
Un vol retardé, ce n’est pas seulement une contrariété pour les salariés. Pour l’entreprise, c’est souvent une perte sèche : rendez-vous manqués, salon annulé, contrats envolés. Pourtant, peu de dirigeants savent qu’ils peuvent eux aussi réclamer une indemnisation. La Convention de Montréal leur ouvre une voie, à condition de respecter des critères stricts. Encore faut-il savoir comment chiffrer le préjudice, le prouver, et agir dans les délais.
L’entreprise peut-elle agir en justice ? Oui, si elle est partie au contrat
L’achat des billets est un élément clé
L’entreprise qui réserve les billets pour ses salariés devient partie au contrat de transport. Elle peut donc agir en son nom propre, sans dépendre des démarches individuelles des passagers. Ce droit est reconnu par l’article 19 de la Convention de Montréal, qui ne distingue pas entre les victimes du retard.
Exemple : Une société envoie trois collaborateurs à un salon à Milan. Le vol est retardé de 5 heures, les rendez-vous sont annulés. L’entreprise peut demander réparation pour les pertes subies.
Le préjudice doit être réel, direct et certain
La jurisprudence exclut les dommages hypothétiques. L’entreprise doit démontrer un lien de causalité entre le retard et la perte économique. Cela implique des pièces probantes : contrats non honorés, frais engagés, marges perdues. Les estimations vagues ou forfaitaires sont irrecevables.
Exemple : Un contrat de 20 000 € devait être signé sur place. L’entreprise produit les échanges mails, le devis accepté, et prouve que le retard a empêché la rencontre.
Le délai d’action est strict : deux ans
L’action doit être engagée dans les deux ans suivant la date d’arrivée prévue ou effective. Ce délai est impératif. Il peut être suspendu par une médiation ou une mise en demeure, mais ne peut être prolongé sans fondement juridique.
Exemple : Une entreprise attend un retour de la compagnie pendant 18 mois. Elle doit impérativement saisir le juge avant l’échéance des deux ans, sous peine de forclusion.
Comment chiffrer le préjudice économique ?
Identifier les postes indemnisables
Le préjudice peut inclure :
- Les frais engagés inutilement (stand, hébergement, transport local)
- Les pénalités contractuelles
- Les coûts de réorganisation
- Les gains manqués
Exemple : L’entreprise a payé 3 000 € pour un stand, 1 500 € d’hébergement, et perd une marge de 10 000 € sur des commandes non honorées.
Utiliser une méthode économique rigoureuse
Il est recommandé de produire un état de pertes et profits, avec une méthodologie claire : comparaison avec les éditions précédentes du salon, benchmark sectoriel, scénarios contrefactuels. Cela renforce la crédibilité du dossier.
Exemple : L’entreprise montre qu’en 2023, elle avait généré 25 000 € de chiffre d’affaires sur le même salon. En 2025, elle n’a rien signé à cause du retard.
Éviter les évaluations forfaitaires
La Convention de Montréal exclut les indemnisations forfaitaires pour les entreprises. Chaque poste doit être détaillé, avec pièces à l’appui. Les montants doivent être justifiés, vérifiables, et liés directement au retard.
Exemple : Une estimation globale de 15 000 € sans justificatifs sera rejetée. En revanche, des factures, contrats et attestations permettront de valider le montant.
Quelle stratégie adopter pour obtenir réparation ?
Commencer par une mise en demeure bien construite
Avant toute action judiciaire, il est conseillé d’envoyer une mise en demeure au transporteur, avec :
- Un exposé des faits
- Un chiffrage précis du préjudice
- Une demande de règlement amiable
Exemple : L’entreprise adresse une lettre recommandée avec les factures, les contrats manqués, et une demande de 14 500 €.
Envisager une médiation sectorielle
La médiation du tourisme et du voyage permet de négocier une solution rapide et confidentielle. Elle suspend la prescription et peut aboutir à un protocole transactionnel avantageux. Elle est particulièrement utile pour préserver la relation commerciale.
Exemple : La compagnie propose un remboursement partiel, des avoirs, et une indemnité complémentaire dans le cadre d’un accord global.
En cas d’échec, engager une action contentieuse
L’entreprise peut assigner le transporteur devant le tribunal compétent (lieu de départ, d’arrivée, siège du transporteur). Elle devra produire un dossier probatoire solide, et anticiper les défenses classiques (circonstances extraordinaires, mesures raisonnables).
Exemple : Le transporteur invoque une grève interne. L’entreprise démontre que des solutions alternatives étaient possibles, et que les mesures raisonnables n’ont pas été prises.
Les entreprises ne sont pas condamnées à subir les conséquences d’un vol retardé sans recours. À condition d’avoir acheté les billets, de documenter leur préjudice, et d’agir dans les délais, elles peuvent obtenir réparation. La clé réside dans la rigueur du dossier et la stratégie adoptée, amiable ou contentieuse.
Sources
- https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A22001A0718%2801%29
- https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=175909&pageIndex=0&doclang=FR
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000006417847/
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FAQ – 30 questions-réponses
- Est-ce que l’entreprise peut être indemnisée si ce sont ses salariés qui ont voyagé ?
Oui, si elle a acheté les billets, elle est partie au contrat de transport. - Quel texte juridique permet à l’entreprise d’agir ?
La Convention de Montréal, article 19. - Quels types de préjudices peuvent être indemnisés ?
Les pertes subies et les gains manqués, s’ils sont certains et prouvés. - Peut-on inclure les frais d’hôtel et de stand ?
Oui, s’ils ont été engagés en vain à cause du retard. - Le retard doit-il être supérieur à 3 heures ?
Pour les salariés, oui. Pour l’entreprise, tout retard causant un dommage peut suffire. - Peut-on cumuler les indemnisations des salariés et de l’entreprise ?
Oui, mais pas pour le même préjudice. - Quel est le plafond d’indemnisation ?
5 346 DTS par passager. - Comment convertir les DTS en euros ?
Via le taux du FMI au jour de la décision. - Le transporteur peut-il refuser de payer ?
Oui, s’il prouve des circonstances extraordinaires et des mesures raisonnables. - Qu’est-ce qu’une circonstance extraordinaire ?
Un événement imprévisible et extérieur, comme une tempête ou une grève sauvage. - La maladie d’un pilote est-elle une circonstance extraordinaire ?
Non, selon la jurisprudence. - Comment prouver le gain manqué ?
Par des devis, contrats, échanges commerciaux, etc. - Peut-on faire appel à un expert ?
Oui, pour chiffrer le préjudice. - La médiation est-elle obligatoire ?
Elle peut l’être selon le décret 2025-772. - La médiation suspend-elle la prescription ?
Oui. - Peut-on négocier un protocole global ?
Oui, incluant salariés et entreprise. - Quel tribunal est compétent ?
Celui du lieu de départ, d’arrivée ou du siège du transporteur. - Faut-il une carte d’embarquement pour agir ?
Non, une réservation confirmée suffit. - Peut-on agir contre deux transporteurs ?
Oui, contractuel et de fait. - Le transporteur peut-il être exonéré ?
Oui, s’il prouve avoir pris toutes les mesures raisonnables. - Qu’est-ce qu’un sacrifice insupportable ?
Une mesure trop coûteuse ou disproportionnée pour le transporteur. - Peut-on demander des dommages-intérêts ?
Oui, dans les limites de la Convention. - Peut-on obtenir des avoirs ou des surclassements ?
Oui, dans le cadre d’une médiation. - La procédure est-elle longue ?
La médiation est rapide, le contentieux peut durer plusieurs mois. - Faut-il un avocat ?
C’est fortement recommandé. - Peut-on agir en référé ?
Oui, en cas d’urgence ou de trouble manifestement illicite. - Peut-on regrouper les demandes ?
Oui, si le tribunal est compétent pour toutes. - Peut-on agir en ligne ?
Certaines juridictions le permettent. - Peut-on négocier avec la compagnie sans avocat ?
Oui, mais attention aux pièges. - Peut-on faire appel si on perd ?
Oui, selon les règles de procédure civile.
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