Le sanctuaire de Mỹ Sơn, au Vietnam, est l’un des ensembles cham les plus impressionnants d’Asie du Sud‑Est. Le site comptait autrefois plus de 70 temples en briques rouges, construits entre le VIIᵉ et le XIIIᵉ siècle, au cœur d’une vallée considérée comme le centre religieux du royaume de Champa.
Une grande partie de ces temples a été massivement détruite par les bombardements américains durant la guerre du Vietnam, certains groupes ayant été pulvérisés en seulement une semaine de frappes. On peut encore voir sur place les cratères et trous d’impact laissés par ces attaques.
Les restaurations étaient donc nécessaires. Mais ce que ces restaurations révèlent est encore plus fascinant — et inquiétant.
Le mystère technique des briques anciennes
Les briques cham originales présentent plusieurs particularités qui frappent les archéologues :
• Leur durabilité est supérieure aux restaurations modernes.
Les briques d’origine vieillissent mieux que les briques restaurées après-guerre, au point que les réparations semblent parfois… plus anciennes que les structures du VIIᵉ siècle.
Ce n’est pas un effet visuel : les techniques modernes appliquées sur le site sont tout simplement moins performantes que le savoir‑faire cham pour ce type de construction.
• Les briques semblent assemblées sans mortier visible.
Elles paraissent fusionnées, comme soudées entre elles, sans qu’aucun joint ne soit identifiable.
Nous ne savons toujours pas reproduire ce résultat.
• La composition exacte reste inconnue.
Les chercheurs ignorent encore la température de cuisson, les additifs éventuels, le degré de polissage ou même la séquence de fabrication.
Le savoir‑faire a été complètement perdu, faute de documentation, de transmission et d’entretien.
En résumé :
Les Cham avaient atteint le nec plus ultra de la construction de briques… et ce sommet technique a disparu.
Le lien direct avec la négociation moderne
Quarante ans après la création de la négociation raisonnée en 1981, William Ury lui-même — son co‑créateur — a estimé que le monde avait tellement changé que la méthode devait être entièrement remise à jour.
C’est ce qu’il fait en 2024 dans Possible (Harper, 2024), donnant naissance à BB3, une refonte profonde de la négociation raisonnée.
Aujourd’hui, le véritable nec plus ultra, ce n’est pas simplement “BB3” :
c’est une pratique de la négociation réellement mise à jour de BB3, intégrant les avancées essentielles :
- dynamiques identitaires,
- gestion des émotions,
- impasses cognitives,
- créativité stratégique,
- élargissement des options, désirabilité des possibles, approche systémique…
- cadre plus robuste face aux conflits contemporains.
Et c’est ici que le parallèle devient limpide.
Le parallèle : Mỹ Sơn nous montre ce qui arrive quand un savoir de pointe n’est pas entretenu
Les briques cham étaient un sommet technique.
Mais lorsque la pratique a cessé, lorsque le savoir n’a plus circulé, lorsque les maîtres bâtisseurs ont disparu…
le sommet a disparu avec eux.
Nous pouvons subir le même destin en négociation si nous cessons de mettre à jour nos compétences.
Sans formation continue :
– on revient aux réflexes d’avant 2024,
– on perd la finesse émotionnelle et stratégique introduite par BB3,
– on se fige dans des méthodes dépassées,
– la qualité de nos négociations se dégrade.
Exactement comme les rénovations de Mỹ Sơn, qui paraissent plus anciennes que les briques authentiques, parce qu’elles reposent sur un savoir inférieur.
L’état de l’art n’existe que s’il est entretenu
Les briques cham nous rappellent une vérité fondamentale :
même le sommet de la technologie peut disparaître s’il n’est pas transmis et entretenu.
La négociation raisonnée mise à jour de BB3 est aujourd’hui notre propre sommet technique.
Mais elle ne vivra que si nous la pratiquons, la formons, la transmettons.
Sinon, nous reproduirons ce qui est arrivé au royaume Cham :
un savoir exceptionnel, admiré… puis perdu.
