
La Justice négociée n’est pas qu’un « mode de règlement des différends » : c’est une culture, une stratégie, un processus. Pourtant, son vocabulaire reste piégé par des mots qui trahissent son essence. Cet article analyse les mots à bannir et propose des alternatives.
1. Convaincre : un mot toxique pour le négociateur
- Étymologie : convaincre vient du latin convincere : « réduire par la force des arguments », « confondre un adversaire ».
- Problème : il suppose un rapport de domination, une logique d’affrontement, incompatible avec la co-construction.
- Pourquoi l’éviter : convaincre, c’est imposer. Négocier, c’est explorer et créer.
- Alternative : « influencer éthiquement », « susciter l’adhésion », « co-construire une option ».
2. Amiable : un faux ami
- Étymologie : amicabilis → « amical ».
- Problème : le mot suggère que la négociation est douce, consensuelle, sans tension. Or, la Justice négociée est un sport de combat.
- Effet pervers : il dévalorise la compétence stratégique et la robustesse des processus.
- Alternative : « modes adaptés », « processus collaboratifs », « justice négociée ».
3. Mode de règlement des différends : une vision réductrice
- Critique : focalisation sur la résolution → on arrive trop tard, quand le conflit est cristallisé.
- Or, la vraie valeur est en amont : prévention, détection des signaux faibles, gestion des tensions.
- Pourquoi cette dérive ? : mainmise des spécialistes de procédure civile, qui ont cadré ces outils comme des « alternatives » au procès.
- Alternative : « modes de prévention et de règlement des conflits » (PRD), ou mieux : « processus de justice négociée ».
4. Alternative : un mot qui hiérarchise
- Problème : il sous-entend que le procès est la norme et que tout le reste est secondaire.
- Effet pervers : il enferme la négociation dans une logique défensive.
- Alternative : « processus adaptés », « justice négociée ».
5. Conciliation : une connotation paternaliste
- Problème : héritée d’un juge qui « concilie », elle renvoie à une logique verticale.
- Alternative : « médiation », « facilitation », « processus collaboratif ».
6. Compromis : la fausse victoire
- Étymologie : du latin compromissum → « promesse mutuelle », souvent sous contrainte.
- Problème : compromis = chacun perd quelque chose. Cela renvoie à une logique de renoncement, pas de création de valeur.
- Alternative : « accord durable », « solution mutuellement satisfaisante », « optimisation des intérêts ».
7. Adversaire : un mot qui enferme dans le combat
- Étymologie : du latin adversarius → « celui qui est en face », « opposant ».
- Problème : il installe une logique binaire, un rapport de force. Or, en Justice négociée, l’autre partie n’est pas un ennemi mais un partenaire de solution.
- Alternative : « autre partie », « interlocuteur », « partenaire de négociation ».
8. « Communication non violente » : un terme mal compris
- Problème : malgré ses intentions positives, l’expression est souvent perçue comme naïve ou moralisatrice. Elle suggère qu’il y aurait une « violence » latente dans toute communication.
- Effet pervers : elle donne une image « douce » et peu stratégique, alors que la négociation exige clarté, fermeté et respect.
- Préférence :
- Communication assertive : exprimer ses besoins clairement, sans agressivité ni passivité.
- Communication non agressive : plus neutre, moins connotée, tout en gardant l’idée d’éviter l’attaque.
Mantra opérationnel
Être dur avec les problèmes à traiter, doux avec les personnes pour préserver les relations — la Justice négociée est un sport de combat.
Conclusion
Les mots façonnent les pratiques. Tant qu’on parlera d’« amiable » ou de « règlement », on restera prisonnier d’une vision défensive. La Justice négociée doit assumer son identité : anticipation, stratégie, robustesse relationnelle.