
Guide expert à l’attention des e-commerçants — mis à jour juin 2026
La liberté des prix… jusqu’à un certain point
En tant qu’entrepreneur, vous disposez en principe de la liberté totale de fixer vos prix, régie par le jeu de la concurrence. Mais cette liberté est encadrée par un impératif qui s’impose à tous : la protection du consommateur.
Résultat : chaque promotion, chaque solde, chaque réduction de prix affichée sur votre site e-commerce obéit à des règles précises. Les ignorer, même sans mauvaise intention, expose votre entreprise à des sanctions pénales et financières considérables — des affaires récentes le prouvent.
Ce guide décortique pour vous le cadre juridique applicable, les pièges à éviter, les bonnes pratiques à mettre en place, et les solutions concrètes pour documenter et prouver la conformité de vos opérations commerciales.
Partie 1 — Soldes vs. promotions : deux régimes juridiques distincts
1.1 Les soldes d’été 2026 : les fondamentaux
Les soldes d’été 2026 débutent le mercredi 24 juin. Il ne s’agit pas d’un simple événement marketing : les soldes constituent un régime juridique à part entière, défini par le Code du commerce, avec ses règles propres.
Ce qui définit juridiquement les soldes :
- Des périodes fixées par décret, immuables (vous ne choisissez pas les dates)
- Un objectif précis : l’écoulement accéléré des stocks
- Une dérogation au droit commun : la revente à perte est autorisée — ce qui est rarissime en droit français
Ce que vous devez impérativement respecter pendant les soldes :
→ La règle des 30 jours sur le stock
Les produits présentés en solde doivent avoir été payés et proposés à la vente depuis plus d’un mois avant le début des soldes. Vous ne pouvez pas vous approvisionner spécifiquement pour les soldes quelques jours avant le 25 juin.
→ L’affichage clairement distinct des produits soldés
Sur votre site, vos fiches produits, vos menus de navigation, le consommateur moyen doit pouvoir identifier sans ambiguïté quels produits sont soldés et lesquels ne le sont pas. Un onglet ou une catégorie dédiée est recommandé.
→ L’interdiction stricte du mot « solde » hors période
Le terme « solde » ou « soldes » ne peut absolument pas apparaître sur votre site avant le début officiel. La bannière « Soldes » sur votre page d’accueil ne devient licite qu’à compter du premier jour officiel. Cela vaut pour vos emails marketing, vos réseaux sociaux, vos publicités en ligne.
→ Le maintien du droit de rétractation
Contrairement à ce que certains croient (et à ce qui est parfois autorisé en boutique physique avec la mention « ni repris ni échangé »), le droit de rétractation de 14 jours s’applique intégralement sur votre e-commerce pendant les soldes, comme le reste de l’année. C’est une obligation du droit de la vente à distance qui prime.
1.2 Les promotions : tout ce qui se passe le reste de l’année
Par opposition, les promotions désignent toutes les autres annonces de réduction de prix en dehors des périodes de soldes : Black Friday, French Days, ventes privées, fête des mères, fête des pères, Saint-Valentin, anniversaire de la boutique, codes promo…
La revente à perte y est interdite, sans exception.
Pour qu’une promotion soit licite, deux conditions cumulatives doivent être réunies :
Condition n°1 — Le caractère temporaire de la réduction
La réduction doit être limitée dans le temps. Si votre produit est « en promotion » en permanence ou presque, il ne s’agit plus d’une promotion : c’est votre prix réel, et le consommateur est trompé.
Cas concret illustrant le risque :
Un fabricant de matelas a été condamné le 2 avril 2025 par la Cour d’appel de Paris à verser 2 millions d’euros à l’un de ses concurrents directs. La raison ? Sur l’année écoulée, 92 % de ses ventes avaient été réalisées en promotion. La promotion permanente constitue une pratique commerciale trompeuse — et un préjudice de concurrence déloyale pour les acteurs vertueux.
Point de vigilance critique : les comptes à rebours
De nombreux sites e-commerce affichent un compteur « Plus que X heures pour profiter de cette offre ». Cette pratique est illicite dès lors que le compteur est réinitialisé à l’issue du délai (c’est-à-dire que la promotion continue sans interruption). Des contrôles de la DGCCRF ont déjà ciblé exactement ce type de pratique.
Condition n°2 — Le caractère réel de la réduction
Il doit y avoir une véritable économie pour le consommateur. L’information sur le montant de la remise doit être claire, loyale et transparente.
C’est ici qu’intervient la notion centrale de prix de référence.
Partie 2 — Le prix de référence : la règle que vous ne pouvez pas ignorer
2.1 Historique et cadre actuel
Après plusieurs évolutions réglementaires (décret de 2008, arrêté de 2015 qui avait créé un flou juridique), la directive européenne Omnibus du 27 novembre 2019, transposée en France en 2021, a remis les choses en ordre.
Depuis le 28 mai 2022, la règle est claire :
Dès lors que vous annoncez une réduction de prix, vous devez afficher le prix de référence, défini comme le prix antérieur le plus bas pratiqué par le professionnel à l’égard de tous les consommateurs au cours des 30 derniers jours précédant la réduction.
Concrètement : le fameux « prix barré » que vous affichez sur vos fiches produits doit correspondre à votre propre prix le plus bas des 30 derniers jours, pas à n’importe quel prix inventé.
2.2 Les exceptions (à bien maîtriser)
Le texte prévoit plusieurs situations dans lesquelles vous n’êtes pas tenu d’afficher ce prix de référence :
| Situation | Obligation d’afficher le prix de référence |
|---|---|
| Produits périssables (DLC) | ❌ Non |
| Produits avec date de durabilité minimale (DDM) | ⚠️ À analyser au cas par cas |
| Démarques successives pendant les soldes | ❌ Non (uniquement la première démarque) |
| Réductions personnalisées (anniversaire client) | ❌ Non |
| Membres d’un programme de fidélité (accès restreint) | ⚠️ Dépend des conditions d’accès |
| Comparaison de prix avec un concurrent | ❌ Non (mais règles sur la pub comparative) |
Point d’attention sur les programmes de fidélité :
Si votre programme de fidélité est accessible à tout consommateur en deux clics depuis votre page d’accueil, avec un bénéfice immédiat de la promotion dès l’inscription, la DGCCRF pourrait considérer que l’offre s’adresse en réalité à tous les consommateurs, et donc que l’obligation d’affichage du prix de référence s’applique. Posez-vous la question avant de lancer vos ventes privées.
2.3 Quels types d’annonces sont concernés ?
Sont clairement soumis à l’obligation d’affichage du prix de référence :
– « Moins 10 € sur ce produit »
– « Première démarque : -20 % sur tout le mobilier de jardin »
– Toute promotion affichée sur l’ensemble des visiteurs de votre site
Partie 3 — Les sanctions : ce que vous risquez concrètement
Ne pas respecter ces obligations, c’est risquer une qualification de pratique commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation — une infraction pénale.
3.1 Le tableau des peines encourues
| Situation | Personne physique | Personne morale |
|---|---|---|
| Infraction de base | 2 ans d’emprisonnement + 300 000 € d’amende | 1 500 000 € d’amende |
| Si contrat conclu (achat effectif) | 3 ans d’emprisonnement | — |
| Si commise en ligne (votre cas) | 5 ans d’emprisonnement | — |
| En % du CA | — | Jusqu’à 10 % du CA |
| En % des dépenses engagées | — | Jusqu’à 50 % des dépenses de l’opération illicite |
À ces peines s’ajoute une peine d’affichage et de diffusion de la décision — une sanction particulièrement redoutée par les e-commerçants car elle nuit directement à la réputation en ligne.
3.2 Les condamnations récentes : des exemples qui parlent
Ces condamnations ne concernent pas seulement les géants du e-commerce. Elles illustrent la doctrine répressive qui s’applique aujourd’hui :
Showroom Privé — 2023
Condamné à 600 000 € d’amende pour prix de référence trompeur, sur le fondement des pratiques commerciales trompeuses.
Shein — Juillet 2025
Condamné à 40 millions d’euros : promotions illicites + défaut d’informations précontractuelles sur des allégations environnementales. (À noter également : deux amendes distinctes de 22 millions d’euros prononcées séparément pour défaut d’informations précontractuelles et manquements au droit de rétractation.)
Pretty Little Things — Septembre 2025
Condamné à environ 3 millions d’euros après contrôle de ses annonces promotionnelles :
– 55 % des annonces de promotion : aucune baisse de prix réelle
– 30 % des annonces : réduction inférieure à celle annoncée
– 5 % des annonces : augmentation de prix dissimulée derrière une annonce de promotion
Point d’actualité jurisprudentiel — Arrêt Aldi (CJUE, 26 septembre 2024)
La Cour de Justice de l’Union Européenne a précisé que toute annonce de réduction non conforme doit être considérée comme illicite, indépendamment de son caractère trompeur effectif pour le consommateur. Une divergence avec le droit français actuel, qui exige la démonstration du caractère trompeur. Un point à surveiller de près pour les prochaines évolutions législatives.
Partie 4 — Bonnes pratiques : comment sécuriser vos opérations
4.1 Étape 1 — Qualifiez correctement votre opération
Avant tout lancement promotionnel, posez-vous ces questions :
- Est-ce que j’utilise le mot « solde » ? → Ne l’employer qu’en période officielle de soldes.
- Ma réduction est-elle annoncée à tous les consommateurs ou uniquement à un segment identifiable ? → Impact direct sur l’obligation d’afficher le prix de référence.
- Quelle est la durée définie de mon opération ? → Elle doit être fixe et réelle.
- Mon prix barré correspond-il effectivement à mon prix le plus bas des 30 derniers jours ? → Vérifiez vos historiques de prix avant publication.
4.2 Étape 2 — Auditez régulièrement votre site
Ne vous contentez pas d’une mise en conformité une seule fois. La réglementation évolue, vos pratiques aussi. Faites auditer votre site et vos processus par un professionnel (avocat spécialisé, consultant e-commerce juridique) :
– Avant chaque grande opération commerciale (soldes, Black Friday…)
– En cas de modification de votre interface ou de votre moteur de prix
– Lors d’une mise à jour significative de la réglementation
4.3 Étape 3 — Documentez et conservez vos preuves
C’est l’angle souvent négligé, et pourtant le plus décisif en cas de contrôle ou de contentieux : être capable de prouver que vos prix étaient conformes, que votre prix de référence était exact, que la promotion était bien temporaire.
La question à se poser est simple : si la DGCCRF contrôle votre site demain, pouvez-vous prouver quel était votre prix le 1er mai ?
Partie 5 — La preuve numérique horodatée : votre meilleure protection
5.1 Pourquoi la preuve est-elle si cruciale ?
La conformité ne suffit pas : il faut pouvoir la démontrer. En cas de contrôle administratif, de plainte d’un concurrent ou d’une action en justice, vous devrez apporter la preuve :
- Du prix réel pratiqué pendant les 30 jours précédant votre promotion
- De la date de début et de fin de votre opération promotionnelle
- De l’état de vos pages produits à un instant T
- Du contenu exact de vos communications marketing (emails, bannières, landing pages)
Les captures d’écran classiques ne constituent pas une preuve recevable devant un tribunal. Un fichier modifiable ne prouve rien. Il vous faut une preuve horodatée, certifiée et infalsifiable.
5.2 La solution : l’horodatage qualifié eIDAS
Le règlement européen eIDAS (Electronic IDentification, Authentication and trust Services) définit un cadre de confiance pour les services de preuve électronique. Parmi ces services : l’horodatage électronique qualifié, qui permet de certifier qu’un contenu numérique existait bien sous une forme précise à un instant précis.
Concrètement, une solution de preuve digitale qualifiée eIDAS vous permet de :
- Capturer l’état de vos pages e-commerce (fiche produit avec prix affiché) à la date et l’heure exactes de la publication
- Horodater vos communications promotionnelles (emails, newsletters, bannières)
- Consigner les dates de début et fin de chaque opération commerciale avec une valeur probante opposable en justice
- Constituer un dossier de preuve structuré et archivé, prêt à être présenté en cas de contrôle ou de litige
5.3 Ce que cela change dans votre quotidien
La mise en place d’une solution de preuve digitale n’implique pas de refonte de votre organisation. En pratique, cela ressemble à :
- Avant le lancement d’une opération : capturer les pages concernées avec horodatage certifié
- Pendant l’opération : captures régulières des affichages et prix pratiqués
- À la fin de l’opération : capture de la date de fin, retour au prix normal documenté
- Archivage automatique dans un espace sécurisé, accessible en cas de besoin
Le résultat : un dossier de conformité opposable que vous pouvez présenter à la DGCCRF, à un juge, ou à un concurrent qui contesterait vos pratiques.
5.4 La preuve au service de votre compétitivité
La dimension probatoire n’est pas seulement défensive. Elle vous donne aussi un avantage concurrentiel réel : les acteurs qui documentent sérieusement leurs pratiques promotionnelles peuvent attaquer les concurrents qui ne le font pas (comme dans l’affaire des matelas citée plus haut, où un concurrent a obtenu 2 millions d’euros de dommages-intérêts).
Récapitulatif : votre checklist avant les soldes du 25 juin
✅ Préparation juridique
- ☐ Les produits à solder sont payés et en stock depuis plus de 30 jours
- ☐ Le terme « soldes » n’apparaît nulle part sur le site avant le 25 juin
- ☐ Une catégorie ou section distincte est prévue pour les produits soldés
- ☐ Le droit de rétractation de 14 jours est maintenu et indiqué clairement
✅ Prix de référence
- ☐ Pour chaque produit soldé ou en promotion, le prix de référence affiché correspond bien au prix le plus bas pratiqué publiquement sur les 30 derniers jours
- ☐ Les exceptions (produits périssables, programmes de fidélité fermés…) ont été correctement identifiées
- ☐ Les démarques successives sont documentées
✅ Promotions en cours et à venir
- ☐ Chaque promotion a une date de fin définie et réelle
- ☐ Les comptes à rebours, s’ils existent, ne sont pas réinitialisés automatiquement
- ☐ Aucun produit n’est en promotion en permanence ou quasi-permanente
✅ Documentation et preuve
- ☐ Les pages produits avec prix affichés sont capturées avant le lancement avec horodatage certifié
- ☐ Les communications promotionnelles (emails, bannières) sont archivées avec date certifiée
- ☐ Un processus de suivi des prix est en place sur les 30 jours précédant chaque opération
La réglementation sur les soldes et les promotions en e-commerce n’est pas une contrainte abstraite
C’est un terrain sur lequel les contrôles sont actifs, les sanctions significatives, et les contentieux entre concurrents de plus en plus fréquents.
La bonne nouvelle : une fois les processus en place, la conformité n’est pas une charge lourde. Elle se gère en amont, avec les bons réflexes et les bons outils.
Deux piliers pour une stratégie promotionnelle solide :
1. Un accompagnement juridique pour qualifier correctement vos opérations et construire des processus conformes — c’est exactement ce que je propose, en droit des affaires et propriété intellectuelle, avec si besoin un volet médiation commerciale pour résoudre les litiges à l’amiable
2. Une solution de preuve digitale horodatée pour documenter et certifier vos pratiques, et transformer votre conformité en avantage défensif et offensif
Ce guide est basé sur le droit français et européen applicable au 1er juin 2026. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation spécifique, n’hésitez pas à me contacter pour un accompagnement personnalisé.
Retrouvez ci-dessous les réponses aux 30 questions les plus fréquemment posées sur la conformité juridique des soldes et promotions en e-commerce. Cette FAQ est conçue pour vous apporter des réponses claires, directement utilisables dans votre activité.
- Une catégorie ou un onglet dédié « Soldes » dans le menu de navigation
- Un étiquetage explicite sur chaque fiche produit soldé
- Une présentation qui ne mélange pas les produits soldés et les produits à prix plein sans distinction
- Jusqu’à 5 ans d’emprisonnement (pour une infraction commise en ligne)
- Jusqu’à 300 000 € d’amende pour une personne physique
- Jusqu’à 1 500 000 € d’amende pour une personne morale
- Jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel ou 50 % des dépenses engagées pour l’opération illicite
- Une peine d’affichage de la décision de condamnation — particulièrement dommageable pour la réputation en ligne
- Capturer l’état de vos pages produits (avec les prix affichés) à la date de publication, avec un horodatage certifié
- Conserver l’historique de vos prix sur les 30 jours précédant chaque opération
- Archiver les communications promotionnelles (emails, bannières) avec leur date certifiée
- Le prix exact affiché à une date donnée
- La date de lancement et de fin d’une promotion
- Le contenu d’une communication marketing à son moment d’envoi
- Avant chaque grande opération commerciale (soldes, Black Friday, ventes privées)
- À chaque modification significative de votre interface ou moteur de prix
- En cas de mise à jour réglementaire (la directive Omnibus a déjà évolué, et la jurisprudence CJUE évolue également)
- Les caractéristiques essentielles du produit
- Le prix total (TTC, frais de livraison inclus ou clairement indiqués)
- Le prix de référence en cas d’annonce de réduction
- Les conditions de rétractation
- L’identité et les coordonnées du vendeur professionnel